Les petites bouteilles
de verre bleue fragile
que je jette à la mer
emportent avec elles
un cri
un appel
un papier amer
SOS SOS un message à la mer
oh ! j’avais tracé
sur le papier bavard
des mots agacés
un soir de cafard
un coup de tabac
et je bois la tasse
un piètre jaja
dans l’fond d’mes godasses
et j’avais échoué
comme Robinson
sur une île secoué
et plus de maison
le vent par dessus
les voiles en berne
le pont par dessus
les vagues, j’hiberne
il fait si froid dedans
ma prison humide
sous le pont devant
une armoire vide
mes poches trouées
n’ont plus de souvenirs
pas même une bouée
pour ne pas mourir.
mon bateau de papier
au cœur de la dérive
jette l’encrier
sur la dernière rive
de Lampedusa
nomade en naufrages
je glisse jusqu’à
toucher la marge.
Je n’aurai pas vu Paris
Ni la Tour Eiffel
Ni le car-ferry
de calais la nuit
ni la passerelle
jetée sur la tamise
ni la sentinelle
dans sa blouse grise
je n’aurai plus d’amour
dans mes yeux qui rêvent
plus de lettres pour
apaiser ma fièvre
je n’aurai plus le temps
de chanter la vie
ce refrain entêtant
dans tes bras blotti
J’irai embrasser
le dos des tortues
une dernière brassée
un dernier salut
au jour qui s’en va
au fond de l’abîme
la nuit dans mes bras
pour un baiser ultime
j’irai jusqu’à toucher
les étoiles de mer
jusqu’à me coucher
sur leurs seins couverts
de mousses corail
et de coquillages
pour mes funérailles
pour mon dernier voyage